samedi 29 octobre 2016

27 octobre 2016 : Chapois - Forêt de La joux

Distance : 22 km - Dénivelé : 500 m 




L'indice IBP d'effort est de 68, (suivant l'échelle de la FFRP) un score compris entre 51 et 75 correspond au niveau 3 qualifié de "PEU DIFFICILE". La randonnée pédestre nécessite un certain engagement physique qui reste toutefois mesuré. Ce niveau correspond à des randonnées pédestres modérées.

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Belvédère de Chapois, le panorama est caché par la végétation.

La Joux : Origine du nom 
Selon le Glossaire des termes dialectaux publié par l'IGN, joux est un nom féminin désignant une montagne boisée le plus souvent en résineux.
Le toponyme est assez fréquent en Franche-Comté et en Savoie. Forêt de Joux semble donc être à cet égard un quasi pléonasme.



La Joux et la marine

Jusqu'à la fin du 17° siècles la richesse de la forêt jurassienne était peu exploitée. Les moyens de communications sont faibles : Il n'y avait que des sentiers, des chemins en mauvais état, des pistes impraticables. Les ponts sur les rivières, généralement en bois, sont peu nombreux et mal entretenus; ils étaient emportés à la moindre crue. Enfin, la population à cette époque est peu dense : Besançon, la ville la plus peuplée compte moins de 10.000 habitants ; Dole et Salins dépassent à peine 5.000. Les habitants trouvent le peu de bois dont ils ont besoin dans les forêts avoisinantes. 

La conquête de la Franche-Comté par Louis XIV, officialisée par le traité de Nimègue en 1678, va changer beaucoup de choses : l'annexion de la province stimule l'activité économique en favorisant l'essor urbain. 

D'une marine en piteux état, Colbert, secrétaire d'état à la marine, veut créer une marine forte et a besoin de beaucoup de bois pour cette transformation ambitieuse. Des commissaires de la Marine sont envoyés sur place en Franche-Comté pour faire l'inventaire des forêts. Ils trouvent un volume considérable de très vieux arbres, puisqu'ils n'ont jamais été exploités, et de très bonne qualité. 

Les besoins en arbres sont importants, mais comment faire pour acheminer ces grumes jusqu'à l'arsenal de Toulon ? 

Arrêtons nous quelques instants sur le flottage sur la Loue et sur son port, Chamblay, situé à 300 m en amont du pont sur la route reliant Chamblay à Chatelay Chissey. Ce port servait à l'embarquement des sapins de la forêt de la Joux, très hauts, d'excellente qualité qui sont les seuls bois permettant de confectionner les mâts qui doivent être d'une seule pièce, résistants et suffisamment souples pour affronter les grands vents. Les feuillus (chênes) étaient utilisés pour la construction des coques, intérieurs de navires, figures de proue, poulies, etc… Sur la route reliant Andelot à Censeau se trouve (encore aujourd'hui) le carrefour " de la Marine " avec à sa gauche le maison forestière du même nom.

A partir de 1730, un trafic incessant d'attelages composés de plusieurs paires de bœufs, acheminent les sapins jusqu'au port de Chamblay. Certains de ces résineux mesurent jusqu'à 40 m. Ces charrois rencontrent d'énormes difficultés : chemins impraticables, relief accidenté, fondrières, longueur des bois, incidents techniques expliquant la lenteur du déplacement. Par exemple, en 1730, pour acheminer 40 mâts à Chamblay, distant d'une quarantaine de km, il fallut plus de deux mois et près de mille journées de paires de bœufs. 

Des centaines de bois arrivent au port de Chamblay et sont entreposés sur un immense chantier, au bord d'un plan incliné facilitant leur mise à l'eau, dans l'attente qu'une crue les emporte. Actuellement on peut encore voir au bout de la " Rue du port au bois ", située face à l'église, les vestiges du port dont on distingue encore nettement le plan incliné servant à la mise à l'eau. 
Ce port est totalement à sec car la Loue est une rivière extrêmement capricieuse et le bras de rivière qui passait par là a totalement disparu. 
Le flottage se fait à l'aide de radeaux constitués de longs bois attachés entre eux par des cordages et reliés à des perches transversales fixant le tout. Une perche passant au travers et fixée à cet ensemble, permet aux radeliers, véritables gondoliers, de les diriger. 
Des dizaines de radeaux attendent que la crue les emporte : 700 radeaux descendront ainsi la Loue en 1865, puis la Saône et le Rhône

A Chamblay où plus de cent personnes vivent du flottage, le port prospère pendant près de trois siècles. Par la suite, les bois jurassiens alimentent les villes du Midi et les centres industriels de la vallée du Rhône, en plein essor, pour le chauffage et la construction. Le flottage du bois sur la Loue disparaît au début du 20° siècle, le chemin-de-fer offrant un moyen de transport plus sûr, plus régulier, plus rapide, et moins dangereux pour les hommes. (source : conférence de M Lejeune au rotary-club de Arbois-Poligny-Salins) 


Maison Forestière de la Marine

Le canton des sapins géants de la glacière a été désigné réserve biologique et les interventions humaines y sont donc quasiment nulles. 

Un parcours de découverte y est aménagé qui permet au promeneur de découvrir les particularités de la forêt de résineux à l'état de nature mais aussi les espèces animales ou les plantes qui composent ce biotope. 

Du vert émeraude au vert chlorophylle, sapins et hêtres sont accompagnés d'un cortège végétal varié, d'arbres tels l'épicéa, et de plantes comme le sceau de salomon, le séneçon de Fuchs, la prénanthe pourpre et la dentaire pennée.

Envoûtante forêt qu'il est toujours très agréable de parcourir à la recherche de ses lumières, étrangement vives ou étrangement foncées.

Canton de la Glacière : Gouffre 


Maison Forestière du Chevreuil

La Joux et la guerre
La forêt de la Joux fut également marquée par le passage de bûcherons canadiens durant la Première Guerre mondiale appelés à remplacer dans l'exploitation forestière les hommes partis au front. La commune de Levier accueillit également un détachement américain qui compta jusqu'à mille hommes. Au total, cette présence atteint 2500 hommes et 500 chevaux. Outre quelques mariages en résultat l'aménagement d'un terrain de baseball en pleine forêt. Par ailleurs sont encore visibles des souches dites « canadiennes » : elles se remarquent aisément à leur hauteur qui dépasse souvent le mètre. Les bûcherons du Nouveau Monde avaient en effet perdu l'habitude de se baisser au moment d'abattre un arbre, la profusion du bois au Canada permettant un certain gaspillage. Les Francs-Comtois furent profondément indignés d'une telle pratique !
Comme le mentionne un Bulletin municipal de Levier, la forêt a fourni en 1917-1918 environ 246 000 m3 de bois soit 180 000 de plus que la production normale. D'où la relative satisfaction des populations locales au moment du départ des bûcherons : la forêt avait été sérieusement abîmée. Les Nord-Américains repartirent en 1919 laissant derrière eux des dizaines de baraquements en bois utilisés longtemps encore après leur départ.

Maison Forestière du Chevreuil : Four à pain des Canadiens

Près de la maison forestière du chevreuil, un arboretum constitué dans les années 1930, présente un ensemble de conifères originaires de toutes les régions du monde, Amérique bien sûr mais aussi Chine, Japon, Corée... Thuyas géants, douglas, mélèzes, sapins, épicéas se succèdent le long d'un parcours fort intéressant. La tradition veut que certains sapins exceptionnels soient élus présidents. Depuis 1897, quatre sapins ont obtenu ce titre. L'actuel, désigné en 1964, a mis plus de deux cents ans pour atteindre sa taille actuelle de 45 mètres, son diamètre étant supérieur à 1,20 mètre.  .



Belvédère des Chérards avec le Mont Poupet à l'horizon



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